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Les veilles studieuses Représentations et pratiques de la lecture nocturne au XVIIIe siècle

Emmanuelle CHAPRON

Université de Provence (Maison méditerranéenne des sciences de l’homme)

J’assigne à l’étude une partie de mes nuits ; je ne me livre pas au sommeil, j’y succombe. La fatigue d’une longue veille s’appesantit sur mes yeux : je les retiens à la tâche (Sénèque, Lettres à Lucilius, livre I, lettre 8).

Seul, la nuit, avec un livre éclairé par une chandelle – / livre et chandelle, double îlot de lumière, contre les doubles ténèbres de l’esprit et de la nuit / J’étudie ! Je ne suis que le sujet du verbe étudier (Gaston Bachelard, La Flamme d’une chandelle, Paris, Quadrige, 1984 (1re éd. 1961, p. 54).

Les veilles studieuses sont un topos, secondaire mais tenace, de l’autoreprésentation du monde savant. De cet imaginaire, l’iconologie de la Renaissance a fixé durablement les termes. Alors que l’intellectuel du Moyen Âge est rarement mis en scène dans un cadre nocturne, la chandelle colle désormais à la figure de l’homme de lettres comme la chouette à celle d’Athéna, déesse de la sagesse. L’immense influence du néoplatonicien Marsile Ficin, qui associe la plénitude de l’esprit à la puissance solaire, maximale au matin, n’empêche pas l’édification d’un imaginaire contraire. Sous l’autorité de Quintilien, les recueils de sentences et la littérature des emblèmes confirment le prestige de la nuit studieuse et des lucubrations, travaux d’esprit faits à la lumière de la lampe1.

Certes, bien d’autres secteurs d’activité ne s’arrêtent pas complètement à la tombée du jour, par nécessité ou par opportunisme. Le travail de nuit semble d’ailleurs s’être développé à partir de la fin du XVIIe siècle, surtout en ville. Mais peu nombreux sont les métiers qui font du travail nocturne une composante significative – et qui plus est, positive – de leur identité sociale2. La singularité de cette veille est redoublée par la présence de l’écrit, alors que la lecture reste pendant longtemps, pour l’essentiel du monde social, une activité diurne. « À la fin du XVIIIe siècle, la lecture le soir ou la nuit, en tout cas après le coucher du soleil, est encore un phénomène remarquable »3. La multiplication des images de lecteurs lisant à la lumière artificielle en témoigne, avant que la banalisation de cette pratique au XIXe siècle n’en rende la représentation moins fréquente.

Faire du travail nocturne l’élément d’une « posture existentielle commune » du lettré, « au-delà des différences de culture, de religion, de civilisation »4 reviendrait pourtant à nier la nécessité d’historiciser l’application nocturne, de l’inscrire comme toute autre pratique de lecture dans le filet des contraintes techniques, des pratiques sociales et des nappes de représentations. En effet, l’importance des « récits de journée » dans les débats sur l’identité et sur la fonction de l’homme de lettres dans la société fait d’abord de la lecture nocturne un signe discret, mais efficace, de la manière de penser le corps savant, dans sa dimension individuelle ou collective. Retraçant les origines de la diététique savante comme genre littéraire, Werner Friedrich Kümmel souligne combien les pics de la production correspondent moins à la redécouverte des connaissances médicales de l’Antiquité qu’aux mutations que connaissent alors les milieux intellectuels et leur représentation : la mise en place des universités au XIIIe siècle, la prise de conscience de la dignité de l’homme de lettres à l’époque humaniste5.

Au-delà de la manière dont les discours sur l’homme de lettres rediscutent au XVIIIe siècle la pertinence des travaux de nuit, la fin de l’époque moderne marque un tournant d’un second ordre. Le quasi-monopole de la lecture nocturne acquis aux gens de lettres se trouve progressivement contesté par une « conquête de la nuit » à la fois matérielle et sociale6. Du couvre-feu des cabarets aux représentations théâtrales et au souper des élites urbaines, de nombreuses pratiques de sociabilité gagnent alors sur la nuit7. Dans l’intimité, les progrès de l’éclairage domestique dans tous les milieux urbains permettent de lutter plus efficacement contre la « tyrannie des heures obscures »8. Dans les années 1750, Mme de Graffigny se plaint encore des maux d’yeux et de tête que lui causent des lectures mal éclairées et enrage de ne pouvoir se procurer une lanterne nouvellement inventée, « dont ils en font en encoignures qui sont délicieuses pour lire et pour épargner la bougie »9. La diffusion de ces lampes de chevet facilite en retour les lectures du soir de la jeunesse aisée, du moins lorsqu’elles lui sont accordées10. Les discours sur la lecture intègrent progressivement la question de la problématique affectation de ce temps gagné sur la nuit : à partir de la fin du XVIIIe siècle, les recommandations ecclésiastiques décalent le moment idéal des lectures pieuses, du matin (encore dans le Traité de la lecture chrétienne de Nicolas Jamin en 1774) vers le soir (dans les instructions épiscopales du début du XIXe siècle)11. De fait, les signes témoignant de lectures plus tardives se multiplient, d’autant plus que les montres et autres instruments à mesurer le temps qui entrent dans les foyers participent à la « temporalisation » des pratiques et des représentations de la lecture12.

Comment penser les veilles lettrées dans ce nouveau paysage nocturne ? Comment défendre la nuit face à l’anti-figure de la lectrice à la chandelle et à la topique mondaine de l’homme de lettres ? À travers trois dossiers documentaires – les productions micrologiques allemandes des premières décennies du XVIIIe siècle, les éloges de l’Académie royale des sciences de Paris et les Efemeridi d’un homme de lettres florentin, Giuseppe Pelli Bencivenni –, on se propose de suivre les évolutions de la figure du savant veilleur, en prenant garde d’éviter deux écueils.

Le premier serait de surestimer l’importance de ces ajustements, en oubliant qu’ils se jouent toujours sur fond d’écrasants éléments de continuité, ceux des traditions argumentaires, des lieux communs et des « vignettes » de l’histoire littéraire13. La seconde erreur serait de négliger les spécificités de l’économie textuelle ou visuelle dans laquelle s’insèrent ces figures de savants veilleurs. Si le motif circule de la peinture aux gravures illustrant les romans, des traités médicaux aux traités pédagogiques ou théologiques, des romans aux éloges, des correspondances aux journaux, l’enquête impose de respecter les écarts qui existent entre ces formes d’expression et entre les codes dont ils héritent ou dont ils jouent. Tissot bannissant les veilles dans le traité De la santé des gens de lettres et avouant des nuits blanches à son ami Zimmermann s’inscrit dans deux traditions d’écriture, celles de l’hygiène savante et celle de la connivence épistolaire des « malades volontaires »14.

PETITS ARRANGEMENTS AVEC LA NUIT : LES VEILLES DANS LA « MICROLOGIE LITTÉRAIRE » (1680-1750)

Les universités allemandes du tournant du XVIIIe siècle sont le foyer d’une intense production qui fait du monde savant son objet. De cette « micrologie littéraire » (micrologia eruditorum), qui connaît une fortune particulière dans les années 1710 autour de l’université de Leipzig, on a relevé les aspects les plus curieux : traités consacrés aux lettrés qui publient trop, à ceux qui ne publient pas assez, aux lettrés charlatans, plagiaires, menteurs, aux lettrés sourds, muets et aveugles, à ceux qui ont des femmes méchantes ou qui sont morts le jour de leur anniversaire. Certains de ces titres évoquent des canulars, mais l’exercice reste sous l’étroit contrôle de l’institution : toutes ces dissertations sont des écrits pétris d’érudition, souvent publiés par les imprimeurs de l’université15.

Cette production – particulière au milieu des universités allemandes et dont on ne trouve pas d’équivalent en France à la même époque – pose question. La dimension auto-satirique n’en est certainement pas absente, à une époque où se développe une sévère critique contre le monde universitaire allemand, accusé d’être incapable de s’adapter aux exigences de la société bourgeoise contemporaine et de se complaire dans des exercices inutiles comme la dispute16. Les travaux de l’historien William Clark éclairent une autre dimension de cette curieuse « inspection du nombril », en la rapprochant de la réflexion juridique contemporaine sur les grades académiques17. Appelés à s’interroger sur la légitimité de certaines exclusions (les étudiants déshonorés, les bâtards, les mourants, les pauvres, les femmes, les juifs, les aveugles ou les muets), les juristes ouvrent à ces catégories la possibilité de candidater aux grades universitaires. Vers 1730, les « Lumières juridiques » balaient ainsi – au moins de jure, sinon de facto – le caractère discriminatoire des particularités physiques du candidat. Contre cette désincarnation juridique de l’universitaire, la micrologie littéraire défendrait une autre topique du savant, organisée autour de sa corporéité et de la spécificité de son genre de vie.

À l’intérieur de cette production, le motif du savant veilleur apparaît dans une trentaine d’écrits publiés entre 1672 et 1756 – thèses médicales, discours solennels ou périphériques à la collation des grades, cours et manuels à l’usage des étudiants, sommes historiques. Recensées sans prétention à l’exhaustivité, ces publications émanent d’une dizaine d’universités, avec un pic de production à Halle et Leipzig (respectivement sept et cinq titres), secondairement à Erfurt et Iena. La faible originalité intellectuelle de ces textes, qui rebattent des figures et des argumentaires éprouvés, invite à déporter l’attention vers les conditions de leur énonciation. Celle-ci apparaît étroitement liée aux opérations de la « fabrique des universitaires ». Les deux tiers des textes examinés sont des thèses, produit de la transformation que connaissent à partir des années 1670 les exercices académiques18. Dans le cas de la dispute pro gradu ou pro loco (pour une place), l’écrit l’emporte peu à peu sur l’oral : la dissertation n’est pas récitée mais elle est distribuée avant la dispute et sert de base à la discussion (ill. 1). La page de titre présente les différents rôles : le nom du praeses, c’est-à-dire du professeur qui préside à la dispute, en haut, celui du candidat (respondens) en dessous. Ce dernier n’est en général pas l’auteur de l’opuscule : il défend la dissertation du professeur, dont il paie les frais de publication, mais il arrive que le texte soit de sa plume (il est alors désigné comme auctor) ou qu’il en ait confié la rédaction aux mercenaires d’une Dissertations-Fabrik.

Illustration n° 1 – J. Wasserhausen, J. J. Waldschmied, Tuendae sanitatis studiosorum methodum, Marburg, J. J. Kürsner, 1681.

Quoi qu’il en soit, la réflexion sur les conséquences physiologiques du mode de vie savant, et particulièrement des travaux nocturnes, apparaît comme un double discursif de ces « rites de passage » que sont les collations de grade. Dans un exercice qui est plus « de style » que le fruit d’une recherche originale, la récurrence des arguments et des cas illustrés produit un effet de complicité semblable à celui d’une citation19. Les discours périphériques aux soutenances remplissent une fonction similaire, comme les Prolusiones (préludes) de Johann Christian Stock De tuenda sanitate in meditationum laboribus, qui n’introduisent à Iena pas moins de vingt-deux soutenances entre 1750 et 1755. L’audience de ces écrits est d’ailleurs sans doute restée confinée à la communauté universitaire urbaine, même si certains ont pu trouver un lectorat en dehors du cercle local, comme la Diaeta literatorum dont on connaît au moins huit éditions publiées entre 1674 et 1753 et qui s’enrichit d’un sous-titre en allemand dans l’édition de Leipzig et Wittenberg de 175320.

Si la question du sommeil participe à l’auto-compréhension, par les érudits, des conséquences physiologiques de leur mode de vie, il a également à voir avec l’érudition comme méthode, car le choix d’un mode de vie est déjà une manière de travailler. Pour Daniel Georg Morhof, inventeur à la fin du XVIIe siècle, avec l’historia literaria, d’une méthode pour se gouverner dans les études, l’abus des lucubrationes est, plus encore qu’un danger physique, le signe d’une incapacité à se diriger dans l’étendue de la production imprimée. « Celui qui a une bonne organisation et méthode distribue bien ses heures », écrit à sa suite Abel en direction des étudiants. La manière dont est gérée la contradiction entre cette prémisse et l’idée couramment admise que « le savant authentique ne s’abandonne pas facilement au sommeil » mérite examen21. Les deux affirmations relèvent à première vue de registres narratifs différents. D’un côté, les dissertations médicales consacrées aux maladies des savants et/ou se proposant d’en protéger la santé, dans lesquelles les vigiliae & lucubrationes nocturnae sont traitées à l’intérieur du schéma des six res non naturales et identifiées, avec la sédentarité, comme la forge de toutes leurs maladies familières22. En effet, on ne veille pas impunément : les veilleurs que trahissent leur visage pâle et triste, leur corps amaigri, leurs yeux cavés, sont guettés toutes sortes de maux et conduits jusqu’à la phtisie ou à l’atrophie. Le schéma explicatif n’évolue guère au cours de la période, fixé autour de trois motifs hérités de la diététique antique. Les études de nuit empêchent la restauration des forces du corps, en gênant la recréation des esprits animaux et en dérivant vers le cerveau ceux qui devraient servir à la digestion23. Les savants se rendent en second lieu coupables de priver leur corps du meilleur sommeil qui soit, celui de la nuit, en profitant du silence, de l’obscurité et de l’apaisement des sens pour travailler. Enfin, l’air nocturne est jugé peu propre à la réflexion, car trop épais, lourd et frais, surtout lorsqu’il est troublé par les émanations des chandelles qui empoisonnent lentement le système nerveux du veilleur.

Le second genre est celui du tableau historique rassemblant la notice des individus qui ont travaillé de la même manière ou qui sont morts de la même maladie. Contrairement au genre diététique où les références à des cas concrets sont limitées, l’exposition se fait là à grand renfort d’historiettes tirées des « vies des savants », genre qui connaît en Allemagne à la même époque une grande fortune24. Les lois du genre biographique, telles qu’elles sont par exemple exposées par Michael Lilienthal (De historia literaria certae gentis consultatio, Leipzig, Rostock, 1710) impliquent en effet que le biographe inclue dans son récit les maladies dont a souffert le personnage, les circonstances de sa mort et les particularités de son mode de vie. Franz Ridder rassemble ainsi dans son De eruditione historia (1680) un tableau des savants veilleurs depuis Aristote : il y a ceux qui inventent des stratagèmes pour repousser le sommeil (Praxagoras s’attachant les cheveux au plafond par un fil), ceux qui veillent couramment jusqu’à l’aube, ceux qui se relèvent la nuit pour travailler, ceux qui installent auprès de leur lit un matériel d’écriture pour ne pas risquer de perdre une idée...

Les deux genres communiquent peu : la dissertation historique de Johann Tschanter sur les « érudits qui ont accéléré leur mort par leur intempérance » est bien distincte de sa partie médicale soutenue l’année suivante. Rares sont les dissertations qui, comme le De eruditorum valetudine soutenu en 1701 par Franz Heinrich Grübeling, articulent une réflexion théorique sur le sommeil des gens de lettres et l’analyse de cas particuliers tirés de l’historia eruditorum. L’auteur y condamne les « inventions ridicules » des veilleurs de l’Antiquité et valide avec prudence les bricolages diététiques comme ceux d’Aymar de Rançonnet, qui dîne et se couche tôt, se réveille après le premier sommeil pour travailler quatre heures et poursuit sa réflexion (et sa nuit) dans son second sommeil. À l’intérieur de la production diététique, la question des veilles est le plus souvent réglée par un discours de connivence qui consent à aménager l’espace de la nuit dans la journée de travail. Les médecins admettent facilement que les veilles sont parfois inévitables et prodiguent quelques conseils pratiques pour remédier aux dommages causés à l’organisme savant25. La distinction minutieuse entre différents types de veilles (antelucanae et matutinae contre vespertinae et nocturnae) est une seconde voie de contournement, autorisant les études du tout petit matin, sur le modèle ecclésiastique.

Malgré son caractère bifrons, la forte cohérence de ce corpus est a posteriori confirmée par le discours médical du second XVIIIe siècle, qui rompt doublement avec ses attendus. D’abord, si certains traités de diététique savante naissent encore dans la sphère universitaire (celui d’Ackermann U ber die Krankheiten der Gelehrten, en 1777, se fonde sur des leçons tenues à Halle), ils s’adressent désormais à un public non académique26. La plupart sont de gros traités en langue vulgaire, comme le Familienarzt und der Arzt der Gelehrten de Bienville (1776), traduction écourtée de son Traité des erreurs populaires paru l’année précédente à La Haye27. Cette littérarisation du discours médical s’accompagne ensuite du glissement de la position du médecin, de celle d’un savant s’adressant à ses pairs et s’incluant dans les pratiques incriminées, primus inter pares, à la posture surplombante du professionnel jugeant les pratiques de ses contemporains, celles des gens de lettres au même titre que celles d’autres catégories reconnues comme des lecteurs nocturnes « à risque », mondains, jeunes gens ou femmes oisives.

Ce repositionnement se manifeste même dans des publications universitaires, comme celle de Christian Gottlieb Ludwig (De contentione studiorum ad sanitatis normam moderanda, Leipzig, 1763). D’après la préface, l’auteur se fonde, non sur son appartenance à l’état de lettré, mais sur sa bonne connaissance, en tant que médecin, de ceux qui se vouent aux lettres et sur ses conversations de trente ans avec des amis érudits. Dans cette perspective, les tentatives d’aménager les conditions de possibilité d’un travail de nuit (aérer la pièce où l’on travaille) apparaissent moins comme la compréhension médicale d’une exigence professionnelle commune que comme une concession à ce qu’ils considèrent comme une mauvaise habitude.

Cette position surplombante va de pair, chez Ludwig, avec le constat d’un monde savant déchiré. Ce fractionnement n’est pas le seul fait de l’œil du médecin, soucieux de prendre en compte, à la suite de Bernardino Ramazzini, les différentes catégories de travailleurs intellectuels en fonction des facultés (imagination, mémoire, jugement) qu’ils sollicitent le plus28. Il résulte surtout de l’éthologie d’un monde savant partagé en habitudes désormais contraires : il y a ceux qui se consacrent le matin, voire le matin et l’après-midi, à des études sévères, auxquels le médecin conseille de faire relâche en soirée pour se préparer à un sommeil réparateur ; et ceux qui ne se mettent au travail que le soir (par convenance personnelle ou sous la pression d’autres occupations, affaires ou plaisirs) et dorment une partie de la journée. Plus que les mauvaises habitudes, ce que dénonce le médecin est le discours de justification mis en œuvre par ces individus qui ont théorisé leurs pratiques, légitiment leur oisiveté diurne par leur travail nocturne et recommandent leur mode de vie à leurs semblables. L’assimilation du travail de nuit à la figure du pseudo-savant, oisif et hédoniste, le déconsidère finalement plus que toute condamnation diététique29.

LA NUIT AU FÉMININ : VIERGES FOLLES ET MONDAINES SANS SOCIÉTÉ

L’apparition de figures différenciées de savants veilleurs participe à l’élargissement des motifs de la lecture de nuit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le desserrement de certaines contraintes matérielles en matière d’éclairage artificiel s’articule alors à une préoccupation nouvelle pour la lecture, ses pratiques et ses dangers, qui s’exprime dans l’art, les romans, les traités médicaux, pédagogiques ou théologiques. De nouvelles figures émergent ou, anciennes, acquièrent une visibilité nouvelle, dont l’une des plus circulatoires est celle de la femme à la bougie30.

Cette figure est souvent unilatéralement rapportée à une préoccupation simple, celle de protéger les femmes des dangers de la lecture romanesque. Alors que les ruelles des précieuses sont rarement représentées à la fin du XVIIe siècle comme l’espace d’une lecture nocturne, les romans satiriques des années 1660 épinglent les « folles ingénues » qui se régalent en cachette de lectures interdites et affichent au matin des yeux battus31. Les lectures nocturnes comme péché de jeunesse – toujours perte de temps, éventuellement source de perdition – se retrouvent comme topos dans la littérature d’édification. Dans l’autobiographie qu’elle rédige à la demande de son directeur de conscience entre 1682 et 1709, Jeanne Guyon décrit ses lectures comme le refuge de la jeune fille désoeuvrée qu’elle était avant son mariage :

J’aimais si éperdument la lecture, que j’y employais le jour et la nuit : quelquesfois le jour recommençait et je lisais encore, en sorte que je fus plusieurs mois que j’avais entièrement perdu l’habitude de dormir ; je lisais également les bons et les mauvais livres, mais ceux que je lisais plus ordinairement étaient les romans32.

Au cours du siècle, le personnage de l’ingénue détraquée par ses lectures voisine avec celle de la mondaine détournée de ses occupations sociales par sa rage de lire. C’est le sens de l’anecdote de la lecture de la Julie par une pseudo-princesse de Talmont, que rapporte Rousseau dans les Confessions :

[Julie] parut au commencement du Carnaval. Le colporteur le porta à Madame la Princesse de Talmont un jour de bal de l’Opéra. Après souper elle se fit habiller pour y aller, et en attendant l’heure elle se mit à lire le nouveau roman. A minuit elle ordonna qu’on mit ses chevaux et continua de lire. On vint lui dire que ses chevaux étaient mis ; elle ne répondit rien. Ses gens voyant qu’elle s’oubliait, vinrent l’avertir qu’il était deux heures. Rien ne presse encore, dit-elle, en lisant toujours. Quelque tems après, sa montre étant arrêtée, elle sonna pour savoir quelle heure il était. On lui dit qu’il était quatre heures. Cela étant, dit-elle, il est trop tard pour aller au bal, qu’on ôte mes chevaux. Elle se fit déshabiller et passa le reste de la nuit à lire33.

Le motif de la mondaine désocialisée par ses lectures (pour son bien, d’ailleurs, chez Rousseau) circule également dans les correspondances34 ou dans les récits de voyage35. Il dessine une temporalité spécifique de cette lecture de nuit, entamée entre le souper et le commencement des festivités et se substituant éventuellement à celles-ci. Le troisième motif est celui de la libertine. Si les plaisirs sensuels issus de la lecture sont plutôt associés à la fin de la matinée, moment où l’on reçoit dans les boudoirs, la lecture nocturne tire de la proximité du lit, de l’obscurité et du secret sa charge érotique36. C’est d’ailleurs un des dispositifs clés du roman pornographique que l’observation par le narrateur d’une femme lisant dans son lit, voire « d’une seule main » à la lumière d’une lampe, la fenêtre éclairée fonctionnant comme un trou de serrure qui transforme le lecteur en voyeur37 (ill. 2).

Illustration n° 2 – Jean B. Guiard de Servigné, Les Sonnettes, ou Mémoires du marquis D***, nouvelle édition corrigée & augmentée de pièces neuves & intéresssantes, avec de jolies figures en taille-douce, À Berg-Op-Zoom, F. de Richebourg, 1751, p. 29.

Brouillage des heures de lecture traditionnellement associées aux différentes catégories sociales (des matinées aristocratiques à la veillée bourgeoise), détournement de la femme de ses activités mondaines et domestiques, perte de contrôle sur une lectrice dont le livre, la chambre, le lit, la nuit démultiplient les remparts de l’intimité38 : la lecture nocturne des femmes, telle que la peignent les hommes et la réinvestissent (positivement ou négativement) les femmes, semble focaliser tous les fantasmes de la dissolution sociale. En rester là serait manquer la manière dont cette même vignette a pu être inversement investie, au même moment, d’une connotation positive. Comme le soulignent Valérie Le Vot et Nathalie Ferrand, les représentations de la lecture dans le roman participent à la légitimation esthétique du genre et à l’accompagnement du lecteur dans sa droite appropriation. La lecture nocturne de l’héroïne du Triomphe du sentiment de Bibiena (1750) relève exemplairement de cette entreprise. Mme de Méral est alors en proie à des sentiments amoureux qui l’empêchent de trouver le sommeil.

Pendant que l’on me déshabillait, je remarquai plusieurs livres sur une table de nuit à côté du lit. J’ouvris le premier qui se trouva sous ma main, et je lus : Lettres d’une Péruvienne.

Alors qu’elle a l’intention de n’en lire que quelques lettres, elle est rapidement captivée, ordonne à ses gens de se retirer « et de mettre les bougies à côté de [son] lit ». L’ouvrage est vite lu : elle sent la nécessité de le reprendre pour mieux en apprécier les qualités :

(...) mais, fatiguée de la longueur du souper, de l’émotion que le chevalier m’avait fait éprouver par ses discours, et celle que cette intéressante lecture avait répandue dans mes sens,

elle en remet la lecture au lendemain.

Je fus sur le point d’éteindre les bougies (...), j’en relus deux ou trois [endroits], mais le sommeil m’ayant saisie tout-à-coup, je m’endormis le livre à la main39.

La lecture nocturne se présente comme la mise en fiction des conditions d’une bonne réception du texte : l’obscurité ambiante, la solitude, le silence et le repos du corps permettent au personnage de s’immerger dans sa lecture et de mettre en résonance les expériences et impressions de la journée avec les sentiments et pensées nés du contact avec le texte. Cette lecture introvertie, chargée d’une composante émotionnelle et caractérisée par la redondance des signes d’intimité, pourrait faire figure de « contre-culture esthétique des femmes »40. Pourtant, loin de rester confinée au discours romanesque, cette modélisation marque les méthodes de lecture du second XVIIIe siècle. Alors que celles-ci désignent le plus souvent la campagne comme lieu idéal de retrouvailles du lecteur avec lui-même, la nuit y trouve place à l’extrême fin du siècle. Dans l’Art de lire des livres (1799), Johann Bergk recommande les lectures de minuit comme les plus propices à l’élévation intellectuelle du lecteur41.

QUI TIENT LA NUIT ?

Le développement d’un anti-modèle si fort de la lecture nocturne ne peut rester sans incidence sur l’imaginaire de la veille savante. Dans le cadre des débats sur l’identité sociale de l’homme de lettres, l’analogie des nuits recluses des savants avec les débordements des lectrices adolescentes est une façon efficace de rappeler les premiers à l’espace diurne des engagements sociaux. Le discours médical, investi dans la seconde moitié du XVIIIe siècle d’une autorité croissante dans cette réflexion identitaire, participe à la légitimation de la topique mondaine alors dominante en discréditant de cette manière les conduites nocturnes excessives. Dans l’Essai sur la santé des gens de lettres (1768), c’est par la transcription d’une lettre qu’il « vient de recevoir d’une dame âgée de cinquante ans », rapportant les dérangements physiologiques causés par les lectures nocturnes de sa première jeunesse, que Tissot choisit d’illustrer le danger des veilles savantes. Placée à la fin du développement, cette lettre en constitue le climax, niant la singularité de la nuit érudite par la comparaison avec l’adolescente boulimique. À l’échelle de l’œuvre entière de Tissot, ce système de citations croisées participe à la stigmatisation d’une pratique décrite comme une injustifiable déperdition d’énergie au détriment du corps du lecteur et de la société toute entière42.

L’opprobre jeté sur les réclusions nocturnes cohabite toutefois avec la veine plus ancienne d’une nuit revendiquée comme le territoire de l’homme de lettres, que l’on retrouve dans toute la seconde moitié du XVIIIe siècle. La description des veilles savantes gagne alors en sensibilité et touche au sublime, comme dans le Bonnet de nuit de Louis Sébastien Mercier, dont le titre seul manifeste la volupté à écrire quand tout dort43, ou dans les Lettres récréatives et morales de Louis Antoine de Caraccioli, un polygraphe prolixe des anti-Lumières catholiques :

Un homme qui travaille lorsque tout le monde est enseveli dans le sommeil, se considère comme le seul être vivant, et regarde sa pensée comme la souveraine de l’univers. Il lui semble que toutes les créatures se taisent, pour ne pas l’interrompre ; et qu’il arrache la lumière du sein des ténèbres, pour éclairer l’âme de ceux qui se réveilleront44.

Le lexique chrétien (univers, créatures, ténèbres, âme, méditer) soutient la représentation d’un homme de lettres travaillant nuitamment pour le bien de ses semblables, résolvant l’intenable contradiction entre la tentation de l’isolement et le souci de l’utilité publique, à l’inverse du bel esprit qui perd ses nuits dans les discussions de salon. Chez ces deux auteurs qui, chacun à leur manière, aspirent à une république des lettres pacifiée tout en en déplorant les querelles et les rivalités, la nuit studieuse apparaît comme le ciment d’un monde littéraire idéal, un

paradis perdu de la république des lettres, territoire sans hiérarchie, sans véritable exclusion, sorte d’utopie pour gens de plume, où s’oublient les échecs publics au nom d’une même allégeance au savoir et à la littérature,

dont la nostalgie caractérise au plus haut point, selon Jean-Marie Goulemot, les écrivains en quête de légitimité45.

Les éloges de l’Académie royale des sciences prononcés tout au long du XVIIIe siècle, de Fontenelle à Condorcet, permettent de suivre la manière dont une partie du monde savant redéfinit alors la légitimité de ses pratiques nocturnes46. Les veilles participent d’abord du motif du savant mort de son zèle, qui inclut ceux qui tombent dans l’exercice de leur travail (le médecin victime d’une épidémie qu’il soigne ou des remèdes qu’il éprouve sur lui-même) et ceux qui se tuent à l’étude. Fort présent dans les premiers éloges de Fontenelle, le motif s’estompe progressivement chez lui et encore plus chez ses successeurs, Mairan, Fouchy et Condorcet. L’intempérance des études ne tue plus chez Condorcet, même si l’excès du travail intellectuel, « le moins dangereux, le plus excusable de tous, et celui dont l’effet est le plus lent » contribue à terme à affaiblir la santé47. Fidèle au principe de vérité, Fontenelle ne cède pas de manière acritique à la facilité du topos, refusant par exemple de rapporter la mort du marquis de L’Hôpital à ses efforts intellectuels48. De même, si l’altération de la santé de Tournefort, de Maraldi et de Claude Bourdelin II découle indubitablement de leurs travaux nocturnes, leur effet est décrit comme simplement possible pour Tauvry et réfuté pour Jean Dominique Cassini qui, « quoique les fréquentes veilles nécessaires pour l’observation [astronomique] soient dangereuses et fatiguantes », meurt à 87 ans « sans maladie, sans douleur, par la seule nécessité de mourir »49. Le lien héroïque entre sacrifice des nuits et utilité publique est à l’occasion dénoué par la plume ironique de Fontenelle : ainsi du savant Du Verney qui

passait des nuits dans les endroits les plus humides du jardin, couché sur le ventre, sans oser faire aucun mouvement, pour découvrir les allures, la conduite des limaçons, qui semblent en vouloir faire un secret impénétrable. Sa santé en souffrait, mais il aurait encore plus souffert de rien négliger50.

De Fontenelle à Condorcet, l’ironie se fait sévère et comptable : la dépense nocturne est jugée à l’aune de ce qu’elle apporte à la société, les veilles mortelles de Bucquet ne servant plus que de leçon utile et terrible contre « l’amour de la gloire et l’ardeur de l’étude »51.

Les veilles figurent en second lieu dans la description du mode de vie du défunt. Le véritable savant a beau être celui qui refuse de perdre son temps dans les « inutilités ordinaires de la société », car « qui ne perd point de tems en a beaucoup », la valorisation d’un régime uniforme et de l’action savante dans la société minore la tentation d’héroïser les veilles52. De fait, les nuits studieuses ressortissent désormais de configurations particulières plutôt que d’un régime « normal » de l’homme de lettres. Les bravades nocturnes de la jeunesse – Mery subtilisant un cadavre de l’Hôtel-Dieu pour l’emporter dans son lit (sic) et le disséquer nuitamment, Hartsoecker tendant ses couvertures devant la fenêtre pour masquer la lumière de sa lampe – sont l’expression des obstacles que doit surmonter l’impétrant dans la carrière des sciences et font pièce au contre-modèle des lectures adolescentes décrites par les traités pédagogiques. Une version mature de cette nuit volée se décline dans la figure du savant impécunieux, confronté la journée à ses obligations professionnelles et domestiques, et obligé de prendre sur son sommeil de quoi satisfaire sa passion. Mais les nuits à la chandelle se jugent désormais à l’aune stoïcienne de la modération. Dès lors qu’elles incarnent un héroïsme joyeux et tranquille, Fontenelle ne les condamne pas, comme celles de son ami Varignon qui

travaillant après souper selon sa coutume, était souvent surpris par des cloches qui annonçaient deux heures après minuit [et] était ravi de se pouvoir dire à lui-même que ce n’était pas la peine de se coucher pour se relever à quatre heures53.

Ces excès qui ne sont que la démonstration d’un irrépressible bonheur scientifique, ne peuvent « être blamés qu’avec respect » lorsqu’ils s’accompagnent d’une reconnaissance par les pairs54. L’éthique scientifique réprouve en revanche les insolentes démonstrations d’intempérance de Claude Bourdelin II qui alterne le café (pour repousser le sommeil) et l’opium (pour le rattraper), ou le régime baroque et superstitieux du lusacien Tschirnhaus qui

se couchait à neuf heures et se faisait éveiller à deux heures après minuit. Il se tenait exactement pendant quelque temps dans la même situation où le réveil l’avait trouvé, ce qui l’empêchait d’oublier le songe qu’il faisait en ce moment ; et si, comme il pouvait assez naturellement arriver, ce songe roulait sur la matière dont il était rempli, il en avait plus de facilité à la continuer. Il travaillait dans le silence et le repos de la nuit. Il se rendormait à six heures, mais seulement jusqu’à sept, et reprenait son travail (...). On pourra y trouver un soin excessif de se ménager tous les avantages possibles, mais toutes les grandes passions vont à l’égard de leur objet jusqu’à une espèce de superstition55.

Ces régimes de vie, particulièrement détaillés pour les savants provenant de l’aire germanique, manifestent la rencontre problématique entre la tradition micrologique et les mutations de l’éthologie scientifique. Contre les faux-semblants de la lucubration, les astronomes incarnent une troisième modalité, « professionnelle », du travail nocturne, veille par excellence puisqu’elle a la nuit comme matériau :

Ces veilles, que les savans et les poëtes même ont tant de soin de faire valoir, prises dans le sens le plus littéral, ne sont pas des veilles en comparaison de celles qui se font en plein air et en toutes saisons pour étudier le ciel ; le géomètre le plus laborieux mène presque une vie molle au prix d’un astronome également occupé de sa science56.

La nuit ne disparaît donc pas des représentations de l’homme de science, mais elle se justifie avant tout par des configurations particulières. Le savant « professionnel », qui peut consacrer sa journée à ses travaux, libère ses soirées pour les plaisirs d’une sociabilité modérée à l’image d’un d’Alembert, qui,

à son réveil, pensait avec un sentiment de joie au travail commencé la veille et qui allait remplir la matinée ; dans les intervalles nécessaires de ses méditations, songeait au plaisir vif que le soir il éprouverait au spectacle, où, pendant les entre-actes, il s’occupait du plaisir plus grand que lui promettait le travail du lendemain57.

DISSONANCES

Se limiter à la manière dont les représentations du livre à la chandelle polarisent la nuit en figures antagonistes58 serait masquer l’importance des variations intra-individuelles, synchroniques ou diachroniques, des comportements nocturnes. Comme on l’a déjà relevé, la lecture de nuit est souvent associée à l’adolescence. Sa restitution rétrospective, dans les récits de vie, est un moment à clé. Dans l’autobiographie de Jeanne Guyon, déjà citée, la description des pratiques passées met en valeur la conversion de la femme mariée ; dans celle de Manon Roland ou dans les éloges académiques, l’appétit nocturne vaut comme signe de précocité intellectuelle. Il arrive que différentes manières de lire la nuit soient décrites comme synchrones. Dans ce cas, la distinction plus ou moins explicite entre des pratiques jugées « légitimes » et celles qui sont perçues comme « illégitimes » témoigne de la manière (coupable ou détendue) dont cette coexistence est vécue par l’individu. Quoique produits par une plume tierce, celle du secrétaire, les éloges des académiciens manifestent cette lutte de « soi contre soi » dans la mesure où c’est la représentation du corps savant dans son ensemble qui entre en jeu59. La possibilité que les académiciens aient pu occuper leurs soirées à des lectures frivoles est soit explicitement écartée60, soit ravalée au rang de subterfuge destiné à prolonger l’étude nocturne61, soit reconnue avec tant de mauvaise grâce qu’elle en devient douteuse62, soit enfin limitée à la vieillesse à laquelle est concédée, comme à la jeunesse, le droit à la dissonance culturelle.

Le tems de son repos [écrit Fontenelle à propos de Saurin] fut occupé tantôt par des consultations qu’on lui faisait d’ouvrages importans, auxquelles il avait le loisir de se prêter, tantôt par de simples lectures, dont il laissait le choix à son goût seul, et si l’on veut aux caprices de son goût. Pousserons-nous assés loin la sincérité que nous nous sommes toujours prescrite, pour oser dire ici qu’il lisait jusqu’à des romans, et y prenait beaucoup de plaisir63.

La manière dont les gens de lettres défendent l’imaginaire d’une République des lettres rassemblée autour du travail de nuit en même temps qu’ils assument (plus ou moins bien) des modalités dissonantes de la lecture nocturne peut être illustrée à partir d’une source d’une exceptionnelle richesse, les Efemeridi du florentin Giuseppe Pelli Bencivenni64. Il s’agit d’un diaire en 80 volumes et près de 40 000 pages, rédigé quotidiennement entre 1759 et 1808. Secrétaire de la Pratica Segreta de Pistoia et Pontremoli de 1762 à 1775, directeur de la Galerie des Offices de 1775 à 1792, Pelli remplit également à partir de 1763 les fonctions de censeur grand-ducal. Lecteur insatiable, il collabore à la rédaction des Novelle letterarie de Florence et laisse derrière lui au fil des ans d’innombrables projets littéraires. Destinés à un cercle amical et familial comme à l’hypothétique lecteur « de 1900 ou 1930 », les Efemeridi inscrivent l’acte de lecture dans un espace de représentation de soi, propre à mettre en évidence les stratégies de justification d’éventuels relâchements culturels.

Pelli donne de nombreuses indications sur son rythme de vie : accaparé en journée par ses tâches administratives et en soirée par la sociabilité florentine des conversations et du théâtre, il passe ensuite quelques heures à sa table de travail, se couchant vers deux heures du matin, se levant à neuf, avec une admirable continuité au fil des ans65. Mis en garde par ses amis et par son médecin contre cette mauvaise habitude, il forge au fil des ans un discours de justification qui dessine, en l’y incluant, les contours d’une communauté studieuse de la nuit. Ses lectures médicales et diététiques fournissent un premier support d’identification. Elles commandent la manière de décrire ses opérations nocturnes (« digérer mes papiers » renvoie à la métaphore du texte comme aliment et, par un raccourci efficace, à la diversion des esprits animaux opérée par le savant veilleur) et confortent ses combines. Il relève ainsi le passage d’une lettre du médecin Francesco Redi à son confrère Domenico David : « Quando uno va a letto senza cena, si raggiusta il tavolino, ch’era pieno di fogli » (« Aller au lit sans dîner, c’est remettre en ordre un bureau plein de feuilles »). Alors que Redi utilise la comparaison entre le travail de l’estomac et celui du savant pour recommander une diète occasionnelle qui purifie l’organisme, Pelli la retourne pour conforter sa décision de jeûner le soir pour pas gêner sa digestion par ses travaux66.

La lecture des vies savantes constitue un second point de référence, qui renforce sa conviction de la supériorité de l’auto-observation sur les lois générales de la diététique. Les Menagiana ou l’éloge de l’abbé Fraguier, membre de l’Académie des inscriptions et célèbre veilleur, sont une parade aux reproches des médecins, le sien ou Tissot dont il est par ailleurs un lecteur assidu67. La nuit est enfin un sujet de conversation pour Pelli et ses amis qui se plaisent à comparer leurs rythmes de travail et forgent autour de comportements partagés une identité sociale commune.

Je ne suis pas le seul à me trouver plus disposé à travailler, à écrire ou à composer quand j’ai fait de l’exercice que quand je sors du repos. De là vient que je m’applique mieux la nuit et que je suis mieux capable de faire mes affaires (...) Discutant de cela avec un ami qui n’a pourtant pas les humeurs aussi torpides que les miennes, il m’a avoué qu’il n’était pas un travailleur du matin (I, XVII, p. 18, août 1766).

Derrière cette représentation classique de la nuit savante, les Efemeridi laissent des traces plus dissonantes des activités nocturnes de Pelli. Les indices les plus nombreux marquent certes la nuit comme un moment de la journée de travail, nécessaire pour préparer les dossiers du lendemain dans la période où il est secrétaire de la Pratica Segreta. Devenu directeur de la Galerie des Offices, Pelli évoque plus souvent ses travaux personnels, parfois qualifiés par auto-dérision de « jouets savants » (« studiosi balocchi »). La lecture de distraction (« per sollazzo ») ne constitue que le moment ultime de la veille, aussi longtemps qu’il réussit à s’« enlever le sommeil des yeux »68. Elle reste liée à la table de travail, le lit étant l’espace du sommeil et de la maladie. Ces lectures divertissantes incluent sans doute les romans, à l’égard desquels Pelli entretient des rapports ambivalents. L’écriture des Efemeridi met à distance par différents moyens la topique de la rage de lire : les mentions de lectures romanesques sont rarement temporalisées et toujours rapportées dans le journal sur un mode distancié. Conformément aux recommandations des traités de lecture, Pelli en extrait les éléments instructifs ou édifiants, jugés à l’aune de la foi et de la morale. Ce n’est qu’incidemment qu’il avoue des moments de relâchement, comme en témoigne l’épisode de la lecture de la Princesse de Babylone. À la date du dimanche 24 juillet 1768, il rapporte qu’il a commencé le nouveau petit roman de Voltaire, en restitue les personnages et le propos caché (faire le portrait des nations d’Europe), relève quelques mots bien faits, juge le pouvoir d’attraction du style voltairien sur le lecteur. C’est en illustrant ce dernier point que le compte rendu glisse vers la restitution de l’expérience de lecture :

Il y a dans cette bagatelle le même feu d’imagination que d’habitude, n’abandonne pas Voltaire dans la vieillesse ; il y a les mêmes pointes ironiques contre les choses sacrées et contre ses ennemis ; il y a enfin les qualités pour lesquelles on lit partout ses livres avec enthousiasme, bien qu’ils n’édifient pas et n’enseignent pas grand-chose. Quoique fatigué et pris de sommeil pour avoir déjeûné chez le sénateur Guadagni sans faire la sieste, je n’ai pu m’empêcher de finir ce roman avant de me mettre au lit, retenu par les aspects plaisants, le mélange bizarre des accidents et la critique fine des coutumes69.

On gagnerait à confronter cet imaginaire nocturne à une histoire chronobiologique des pratiques savantes, appuyée sur l’étude systématique des règlements des ordres, des collèges et des universités, ainsi qu’à une analyse plus large et plus sérielle des écrits du for privé. Comme les Efemeridi du florentin Pelli Bencivenni, ils montreraient sans doute que la frontière entre pratiques « légitimes » et « illégitimes » de la nuit ne passe pas seulement, à la fin du XVIIIe siècle, entre des catégories de lecteurs, réelles ou imaginaires et symboliquement hiérarchisées, mais organise tout l’éventail des arts de lire des individus.

ANNEXE. ÉCRITS MICROLOGIQUES CONSACRÉS EN TOUT OU PARTIE AUX VEILLES STUDIEUSES.

Les ouvrages que nous n’avons pu consulter sont suivis d’un astérisque.

1672 – Daniel Georg MORHOF, Oratio de intemperantia in studiis et eruditorum qui ex ea oriuntur morbis, Kiel, J. Reumann, 1672.

1674 – Johann ROTTENBERGER (auct. et resp.), Georg Wolfgang WEDEL (praeses), Diaeta literatorum (...) proposita in auditorio medicorum, Ienae, impensis Nisianis, 1674, 38 p. [rééd. Ienae, apud J. Bielckium, 1695 (4e éd. « cum additamentis paradoxis ») ; Erfordiae, lit. Millerianis, 1704, 32 p. ; Ienae, 1709 (5e éd.) ; Iena, 1721 (7e éd.) ; Iena, 1729, 40 p. (8e éd.) ; Lipsiae-Vitembergae, ex officina Schlomachiana, 1753, 48 p.]

1675 – Georg FRANCK VON FRANCKENAU, De studiorum noxa, dissertatio in promotione trium medicinae doctorum solemniter habita 6 novembr. 1673, Heidelbergae, exc. Walter, 1675, 16 p. [rééd. Ienae, apud J. Bielckium, 1695 ; Lipsiae, apud M. G. Weidmann, 1722]

1680 – Franz RIDDER, De eruditione historia, Rotterdam, Joannes Borstius, 1680.

1681 – Johann WASSERHAUSER (auctor), Johann Jacob WALDSCHMIED (praeses), Theses medicae, quibus (...) tuendae sanitatis studiosorum methodum..., Marpurgi Cattorum, typis J. J. Kürsneri, 1681, 18 p.

1693 – Laurentius ERBERFELD, Dissertatio medica inauguralis, De morbis eruditorum..., Duisburgi ad Rhenum, apud Sas, 1693, 24 p.

1697 – Friedrich HOFFMANN, De studiis per regulas diaeteticas facilitandis, et pro- longanda litteratorum vita, conscripta dissertatio in usum et gratiam florentissimae in Academia Fridericiana juventutis, Halae Magdeburgicae, apud J. B. Renger, 1697, 70 p.

1698 – Heinrich Caspar ABEL, Wohlerfahrner Leib-Medicus der Studenten, welcher so wohl auf Schulen, Gymnasiis und Universitäten Lebenden oder aud Reisen begriffe- nen gelehrten Personen, als auch allen Menschen insgemein die nöthigsten Reguln und herrlichsten Artzeyen mittheilet, Krafft deren sie nicht allein die Gesundheit, nechst Gotterhalten, sondern auch di zugestossenen Kranckheiten abwenden und vertrei- ben können, Leipzig, Groschuff, 1698 [rééd. Leipzig, 1699, 1701, 1707, 1713, 1720 ; trad. holl. Ultrecht 1746]

1699 – Friedrich HOFFMANN (praeses), Adamus HESSE (resp.), Dissertatio medica inauguralis De praecipuo studiosorum morbo, ejusque genuinis causis, quam... publicae submittit, Halae Magdeburgicae, [s. n.], 1699.

1701 – Friedrich SCHRADER (praeses), Franz Heinrich GRÜBELING (resp.), De eruditorum valetudine, Helmstadii, Georg. Wolfgang Hamm, 1701.

1704 – Johann C. TSCHANTER (auct. et resp.), Gottfried BOETTNERUS (praeses), De eruditis studiorum intemperie mortem sibi accelerantibus, dissertatio I, eaque historica, Lipsiae, typis Brandenburgerianis, 1704.

1705 – Johann C. TSCHANTER (praeses), Johann C. WOLFF (resp.), De eruditis studiorum intemperie mortem sibi accelerantibus, dissertatio II, eaque physica, Lipsiae, typis Brandenburgerianis, 1705.

– Johann Jacob BAIER, Regimen sanitatis literatorum, aphoristica methodo delineatum et publicis praelectionibus in alma Altdorfina accommodatum..., Altdorfii, lit. H. Meyeri, s. d., 30 p.

1714 – Johann Friedrich SEIZ, Dissertatio inauguralis medica De apoplexia, familiari et fatali eruditorum morbo, quam (...) pro licentia (...) publicae disquisitioni submittit, Altdorfii, lit. H. Meyeri, 1714, 24 p.

– Justus VESTI (praeses), Johann Sigismund HEÜS (resp.), Disputatio inauguralis medica De atrophia literatorum..., Erfordiae, typ. J. H. Groschii, 1714, 24 p.

1719 – Polycarp G. SCHACHER (praeses), Johannes Fridericus ORTLOB (resp.), Dissertatio medica inauguralis De eruditorum morbis..., Lipsiae, lit. Titii, 1719, 27 p.

1721 – Michael ALBERTI (praeses), Christian Ulrich MATTHAEI, (resp.), Dissertatio inauguralis medica De studiosorum sanitate tuenda..., Halae Magdeburgicae, typ. J. C. Hendelii, 1721, 32 p.

1731 – Ivo Johann STAHL (praeses), Georg Melchior STRAHL (resp.), Dissertatio inauguralis medica De principalioribus literatorum affectibus (...) pro gradu doctorali, Erfordiae, typ. Heringii, 1731, 44 p.

1733 – Jeremias MAEHRL (auctor et resp.), Michael ALBERTI (praeses), Dissertatio inauguralis medica De praeservandis literatorum morbis..., Halae Magdeburgicae, typ. Hendelii, 1733, 31 p.

1735 – Simon Paul HILSCHER, Prolusio I. de remissione animorum magno sanitatis praesidio in litteratis, publicae invitationi ad dissertationem inauguralem de tumore testium venereo, praemissa, Ienae, Mulleriani, 1735, 12 p.

1740 – Johann Friedrich CARTHEUSER, Progr. De prima ac vera morbi literatorum origine sententiam suam paucis exponit, Frankfurt, Huebner, 1740 (*).

1740 – Johann WESSEL (praeses), Cornelius HERON (resp.), Dissertatio medica inauguralis, De servanda sanitate litteratorum quam (...) pro gradu doctoratus..., Ludguni Batavorum, J. Luzac, 1740.

1743 – Hermann Paul JUCH (praeses), Georg Wilhelm WIRTHS (resp.), Disp. med. De constitutione litteratorum vel Cacochymica pituitosa cachectica (...) pro. Lic., Erfordiae, typ. Heringii, 1743, 17 p.

1746 – Ulrich Christoph SALCHOW (auctor et resp.), Michael ALBERTI (praes.), Dissertatio inauguralis philosophico-medica De litteratorum et honoratorum sanitate tuenda et restituenda, Halae Magdeburgicae, typ. J. C. Hendelii, 1746, 31 p.

1750 – Johann Christian STOCK, Prolusio I[-XXII]. De tuenda sanitate in meditationum laboribus, Ienae, lit. Marggravianis, 1750[-1755].

1755 – Johann Jacob MELZNER (auctor et resp.), Michael ALBERTI (praeses), Dissertatio inauguralis medica De maiori frequentia apoplexiae in eruditis, quam alius sortis hominibus observanda, Halae Magdeburgicae, typ. Hendelii, 1755, 28 p.

– Andreas Josephus RÜGEMER (praes.), Albertus Melchior SEMER (resp.) Dissertatio medica inauguralis, sistens effectus morbosos vitae sedentariae tam literatis, quam otiosis adeo damnosae, Würzburg, Kleyer, 1755, 33 p. (*).

– Johann Baptist JENISCH (auctor), Georg Gottlob RICHTER, Disputatio medica solemnis De doctarum lucubrationum noxis, Gottingae, 1755, 27 p. (*)

1756 – Georg Gottlob RICHTER, Ad dissertationem W. L. Chüden... De salutaris situs corporei varietate litteratis etiam, qui scribendo, legendo, meditandoque occupantur, opportune pauca, Gottingae, A. H. Schultzius, 1756, 15 p.

1763 – Christian Gottlieb LUDWIG (praes.), Johann WENCKE (disp.), De Contentione studiorum ad sanitatis normam moderanda... pro gradu doctoris disputabit, Lipsiae, ex officina Langehemia, 1763, 32 p.

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1 D. Ménager, La Renaissance et la nuit, Genève, Droz, 2005, p. 109-150. Quintilien recommande le travail nocturne, mais avec prudence (Institution oratoire, X, 3, 25-27). Sur l’iconographie des XVIe et XVIIe siècles, qui contribue à faire passer l’image de la lecture nocturne de la sphère de la vanitas à celle du vir sapiens, J. Müller-Hofstede, « Vita mortalium vigita. Die Nachtwache der Eremiten und Gelehrten » dans S. Schultze (dir.), Leselust: Niederländische Malerei von Rembrandt bis Vermeer, Stuttgart, Gerd Hatje, 1993, pp. 37-45.

2 Outre les activités illicites qui s’exercent à la faveur de la nuit ou celles qui lui sont intrinsèquement liées (astronomes, porteurs de falot), on pense aux boulangers, dont la contrainte nocturne est motif à complaintes, ou aux acteurs, à partir du moment où les horaires des représentations glissent en soirée. J. Verdon, La Nuit au Moyen Âge, Paris, Perrin, 2009 (1re éd. 1994), pp. 157-167 et Alain Cabantous, Histoire de la nuit, XVIIe-XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 2009, pp. 53-63.

3 Hans Erich Bödeker, « D’une “histoire littéraire du lecteur” à l’“histoire du lecteur” : bilan et perspectives de l’histoire de la lecture en Allemagne », dans Histoire de la lecture. Un bilan des recherches, Paris, IMEC Éd.-Éd. de la M.S.H., 1995, pp. 93-124, p. 102. E. Schön, Der Verlust der Sinnlichkeit, oder Die Verwandlungen des Lesers: Mentalitätswandel um 1800, Stuttgart, Klett-Cotta, 1987, p. 236. Fritz Nies, Imagerie de la lecture, Paris, PUF, 1995 (1re éd. allde, 1991).

4 W. Marx, Vie du lettré, Paris, Minuit, 2009, p. 14 ; le chap. XXIII est consacré à la nuit.

5 W. F. Kümmel, « Der Homo literatus und die Kunst, gesund zu leben. Zur Entfaltung eines Zweiges der Diätetik im Humanismus », dans R. Schmitz et G. Keil (dir.), Humanismus und Medizin, Weinheim, Acta Humaniora, 1984, pp. 67-86.

6 L’expression est de Schön, Der Verlust..., renvoyant au partage plus net qui commencerait à s’imposer en Allemagne autour de 1800 entre temps de travail (diurne) et temps de loisir (vespéral).

7 Daniel Roche, Le Peuple de Paris. Essai sur la culture populaire au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 1988 (1re éd. 1981), p. 347 (la fermeture des cabarets est fixée à 20 h sous Louis XIV, à 22 h sous Louis XVI). Sur l’heure des repas chez les élites, Antoine Lilti, Le Monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Fayard, 2005, p. 226.

8 Daniel Roche, Histoire des choses banales : naissance de la consommation dans les sociétés traditionnelles (XVIIe-XIXe siècle), Paris, Fayard, 1997, pp. 121-138.

9 Comme à propos de la Clarissa de Richardson, en 1752 : « Je suis indignée contre moi-même de m’y acharner comme je fais. Je veille jusqu’à une heure tous les jours, et pour ses beaux yeux, je fais du mal aux miens », cité par C. Simonin, « “Mes lunettes et mon chouris” ou la pratique de la lecture à travers la correspondance de Mme de Graffigny » dans I. Brouard-Arends (dir.), Lectrices d’Ancien Régime, Rennes, PUR, 2003, pp. 153-165.

10 « Vous êtes bien heureuse de pouvoir lire dans votre lit, pour moi [ma gouvernante] emporte la lumière et je n’ai point de lampe de nuit », écrit le 17 juin 1762 la jeune Geneviève de Mabloissière à son amie Adélaïde Méliand (cité par M. Sonnet dans Brouard-Arends, Lectrices..., ouvr. cité, pp. 131-142).

11 P. Martin, Une religion des livres (1640-1850), Paris, Éditions du Cerf, 2003, p. 504-511.

12 Sur le vocabulaire de description des scansions temporelles, Alain Cabantous, Histoire de la nuit..., ouvr. cité, pp. 32-34. Sur la diffusion des montres, Laurence Fontaine, Histoire du colportage en Europe (XVe-XIXe siècle), Paris, Albin Michel, 1993, p. 241. Sur la plus grande facilité à situer les scènes de lecture dans l’espace de la journée à la fin du XVIIIe siècle, Fritz Nies, Imageries..., ouvr. cité, p. 165.

13 Sur ces « vignettes », anecdotes de vie qui passent de récit en récit sans être questionnées, D. Ribard, Raconter, vivre, penser : histoire(s) de philosophes, 1650-1766, Paris, Éd. de l’E.H.E.S.S., Jean Vrin, 2003.

14 L’expression est de L. A. de Caraccioli, Lettres récréatives et morales, sur les mœurs du temps, Paris, Nyon puis Bassompierre et Van den Berghen, 1767-1768, t. II, p. 261. Voir l’introduction méthodologique de Nathalie Ferrand, Livres vus, livres lus : une traversée du roman illustré des Lumières, Oxford, Voltaire Foundation, 2009.

15 Pour une présentation générale, P. Hummel, Mœurs érudites. Étude sur la micrologie littéraire (Allemagne, XVIe-XVIIIe siècles), Genève, Droz, 2002.

16 L. Forster, « „Charlataneria Eruditorum“ zwischen Barock und Aufklärung in Deutschland », dans Res Publica Litteraria. Die Institutionen der Gelehrsamkeit in der frühen Neuzeit, Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1987, I, pp. 203-220.

17 W. Clark, Academic Charisma and the Origins of the Research University, Chicago, Londres, Univ. of Chicago Press, 2006. L’expression se trouve dans G. E. Grimm, Literatur und Gelehrtentum in Deutschland. Untersuchungen zum Wandel ihres Verhältnisses vom Humanismus bis zur Frühaufklärung, Tübingen, Niemeyer, 1983 (« eine Art Nabelschau »).

18 Sur ces évolutions, Clark, Academic Charisma..., ouvr. cité. Sur la pratique de la disputatio à Halle dans cette période, H. Mari, « Kommunikationsnormen der Disputation. Die Universität Halle und Christian Thomasius als Paradigmen des Wandels », dans U. J. Schneider (dir.), Kultur der Kommunikation. Die europäische Gelehrtenrepublik im Zeitalter von Leibniz und Lessing, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2005, p. 317-344.

19 Sur cet effet de reconnaissance, Antoine Compagnon, De seconde main, ou le Travail de la citation, Paris, Le Seuil, 1979.

20 Certaines dissertations ont également pu connaître une diffusion plus grande à l’intérieur des œuvres complètes des médecins, comme celle de Friedrich Hoffmann, intégrée à ses œuvres complètes en 1748 et lue à Florence par Pelli Bencivenni. Seule production en langue vulgaire, le Wohlerfahrner Leib-Medicus der Studenten d’Heinrich Caspar Abel, publié à Leipzig en 1698, connaît cinq rééditions locales jusqu’en 1720 et une traduction hollandaise en 1746.

21 Somno non indulget genuinus studiosus (F. Ridder, De eruditione historia, Rotterdam, Borstius, 1680).

22 Les six non naturalia sont l’air et l’environnement, l’alimentation et la boisson, le sommeil et la veille, l’exercice et le repos, les excrétions du corps, les affections de l’âme. Nous renvoyons à l’annexe pour les références complètes des dissertations : Rottenberger-Wedel 1674, sectio III, cap. I. De somno Literatorum, non paginé. Wasserhauser-Waldschmied 1681, pp. 16-17. Hoffmann 1697, pp. 19-21 et 47-49. Abel 1698, « Vom Lucubriren », pp. 72-75. Grübeling-Schrader 1701, § IV, V, XVI-XX. Baier 1705, pp. 33-34. Heron 1704, § 41-44. Juch-Wirths 1743, § 18-19. Alberti-Matthaei 1721, p. 29-30. Alberti-Salchow 1746, p. 20. Stock 1750. Melzner-Alberti 1755, pp. 27-28. Schacher-Ortlob 1719, pp. 10-12. Stahl-Strahl 1731, chap. IV. Maehrl-Alberti 1733, pp. 21-23.

23 Sur la longue durée du thème de l’estomac faible des intellectuels, A. C. Vila, « The Philosophe’s Stomach : Hedonism, Hypochondria, and the Intellectual in Enlightenment France », dans C. E. Forth et A. Carden-Coyne (dir.), Cultures of the Abdomen. Diet, Digestion, and Fat in the Modern World, New-York, Palgrave Macmillan, 2005, pp. 89-104.

24 Françoise Waquet, « La biographie des “savants” au début du XVIIIe siècle : les lois du genre, d’après le “De historia literaria” de Michael Lilienthal », dans Annali dell’Istituto storico italogermanico in Trento, XIV, 1988, pp. 391-412.

25 En ingérant, par exemple, toutes les deux heures, deux ou trois onces d’un liquide chaud et pénétrant pour réparer les esprits consommés, comme du jus de viande tendre, du café ou de l’hydrogale, mélange de lait et d’eau (Heron 1704, pp. 22-23).

26 J. C. G. Ackermann, U ber die Krankheiten der Gelehrten und die leichteste und sicherste Art sie abzuhalten und zu heilen, Nürnberg, Bauer, 1777, 314 p.

27 Sur l’articulation entre maladies des gens de lettres et livres charitables, voir D. Ribard, « Pathologies intellectuelles et littérarisation de la médecine. Une voie pour l’histoire du travail intellectuel », dans A. Carlino et A. Wenger (dir.), Littérature et médecine. Approches et perspectives (XVIe-XIXe siècles), Genève, Droz, 2007, pp. 113-134.

28 B. Ramazzini, « De literatorum morbis dissertatio », dans De morbis artificium diatriba, Modena, Capponi, 1700.

29 Ludwig-Wencke 1763, pp. 10-11 et 21-23.

30 Ces « discours sur la lecture » ont fait l’objet des travaux récents de A. Wenger, La Fibre littéraire. Le discours médical sur la lecture au XVIIIe siècle, Genève, Droz, 2007 ; N. Ferrand, Livre et lecture dans les romans français du XVIIIe siècle, Paris, PUF, 2002 ; V. Le Vot, Des livres à la vie. Lecteurs et lectures dans le roman allemand des Lumières, Berlin, Peter Lang, 1999. Pour l’Italie, avec de nombreuses références à la France, P. Delpiano, Il Governo della lettura. Chiesa e libri nell’Italia del Settecento, Bologna, Il Mulino, 2007.

31 Cf. le personnage de Javotte dans le Roman bourgeois de Furetière (1666) étudié par S. Aragon, Des liseuses en péril. Les images de lectrices dans les textes de fiction de La Prétieuse de l’abbé de Pure à Madame Bovary de Flaubert (1656-1856), Paris, Honoré Champion, 2003, p. 131. Même les auteur(e)s proposant des modèles de « vierges sages » se positionnent par rapport à cette figure (ibid., p. 208). Sur la quasi-absence de lectures dans les ruelles, ibid. p. 61.

32 Cité par C. Baudry dans Brouard-Arends, dir., Lectrices..., ouvr. cité, p. 62.

33 Cité et analysé par Y. Séité, Du livre au lire. La Nouvelle Héloïse roman des Lumières, Paris, Champion, 2002, pp. 26-30.

34 « Je viens d’achever Amélie commencée à une heure, j’ai dans l’esprit tous les héros de ce roman et vous recevrez une lettre qui n’aura pas le sens commun », écrit Isabelle de Charrière à Constant d’Hermenches en février 1764 : la désocialisation s’exprime ici par la déstructuration de l’écriture épistolaire. Sur la lecture dans la correspondance d’I. de Charrière, voir la contribution de M. Van Strien-Chardonneau dans Brouard-Arends (dir.), Lectrices..., p. 177-186.

35 Voir l’anecdote rapportée par Patrick Brydone dans son Voyage en Sicile et à Malthe : le vice-roi de Sicile donne un dîner auquel il convie la cantatrice Gabrieli, qui ne se présente pas. « Le viceroi fit retarder le dîner pendant quelque tems, & envoya chez elle pour lui annoncer que la compagnie l’attendait. Le messager la trouva lisant dans son lit ; elle dit qu’elle était mortifiée d’avoir fait attendre la compagnie (...) et qu’elle avait réellement oublié cet engagement » (A Tour through Sicily and Malta, 1775, cité dans la trad. fr. de Démeunier, Londres et Neuchâtel, Société typographique, 1776, p. 204-205).

36 Sur la connotation de la lecture en fin de matinée, Le Vot, Des livres, ouvr. cité, p. 266 et Aragon, Des liseuses, ouvr. cité, passim.

37 Sur les stratégies narratives du roman pornographique, J.-M. Goulemot, Ces livres qu’on ne lit que d’une main. Lecture et lecteurs de livres pornographiques au XVIIIe siècle, Paris, Minerve, 1994.

38 Sur la lecture comme support de la constitution d’une sphère privée, R. Chartier, « Les pratiques de l’écrit », dans P. Ariès et R. Chartier (dir.), Histoire de la vie privée. 3, De la Renaissance aux Lumières, Paris, 1986, p. 112-162. D. Roche souligne que « la conquête du luminaire (...) traduit aussi une recherche d’indépendance personnelle qui joue diversement dans les groupes sociaux. La capacité à contrôler les techniques d’éclairage confère une plus grande possibilité pour organiser des modes de vie spécialisés et séparés (...), enfin l’incapacité à les contrôler contribue à la confusion de l’espace public et de l’espace particulier » (Histoire des choses banales, ouvr. cité, p. 130).

39 Cité par Ferrand, Livre et lecture, ouvr. cité, p. 118-119. Pour une interprétation de la prédominance des femmes dans les scènes de lecture romanesque, voir les hypothèses de l’auteur dans Lectrices, art. cité.

40 Bödeker, « D’une histoire littéraire... », art. cité, p. 100.

41 Comparer à ce propos L. Bollioud-Mermet, De la bibliomanie, La Haye, 1765, p. 109 (« C’est surtout dans les lieux champêtres et dans la solitude que leur jouissance [des livres] est plus délicieuse. C’est là que dans le silence majestueux de la nature, et à l’aide d’une lecture choisie, il s’élève au-dedans de nous une voix secrette qui nous rappelle à nous-mêmes, qui nous fait sentir nos erreurs, qui nous enseigne nos devoirs ») et J. Bergk, Die Kunst, Bücher zu lesen, Iena, 1799, p. 82 (« Oft in den Stunden der Mitternacht, wenn Einsamkeit und Stille um uns hergelagert ist, und wenn alles in Todesschlummer begraben liegt, erbauet uns ein Buch, und macht uns edler und selbstständiger, als wir vorher waren »).

42 Le savant et le mondain qui vivent la nuit sont ainsi comparés au méchant et à la bête féroce dans De la santé des gens de lettres, Lausanne, Grasset, 1768, p. 86 et dans l’Essai sur les maladies des gens du monde, Lyon, J.-M. Bruyset, 1771 (3e éd.), p. 194. Tissot identifie par ailleurs dans le « renoncement à la société » une des causes des maladies des savants (ibid., p. 95). Sur la topique mondaine de l’homme de lettres, Lilti, Le Monde des salons, ouvr. cité, pp. 167-209. Sur les analogies médicales, Wenger, La fibre littéraire, ouvr. cité, pp. 167-169.

43 L. S. Mercier, Mon bonnet de nuit, Neuchâtel, Société typographique, 1785 [cité dans l’édition de J. C. Bonnet, Paris, Mercure de France, 1999] : « Tous les êtres privilégiés qui cultivent leur raison, veillent plus ou moins ; le silence et la tranquillité de la nuit favorisent les méditations, et tiennent lieu de ces ténèbres volontaires auxquelles des sages de la Grèce se condamnaient autrefois, pour ne voir que la vérité (...). O nuit ! Allonge encore pour moi tes heures silencieuses ; favorise mes paisibles travaux, et laisse-moi verser sur le papier les sentimens et les idées qui plaisent à mon âme recueillie ! » (« Oreiller », p. 287). « Mais l’ombre de la nuit survient, [l’homme de lettres] se dérobe au sommeil, à la lueur d’un flambeau qui le plonge dans une volupté douce, il converse avec ces morts illustres, ces sages de l’antiquité, révérés et bienfaisans comme les Dieux, héros donnés à l’humanité pour sa gloire et son bonheur » (« Le bonheur des gens de lettres », p. 1046).

44 Caraccioli, Lettres récréatives et morales, ouvr. cité, I, pp. 104-106.

45 J.-M. Goulemot et D. Oster, Gens de Lettres, écrivains et bohèmes. L’imaginaire littéraire, 1630-1900, Paris, Minerve, 1992, p. 84. Caraccioli occupe une position médiane mais fragile : doté d’une certaine réputation auprès du lectorat catholique, d’une pension et de la protection de dédicataires puissants, il est méchamment attaqué dans les salons parisiens. Sur l’auteur, M. Jacques, Louis Antoine Caraccioli, écrivain et voyageur, thèse Paris-IV, 2000. Sur la posture d’indépendance que cultive Mercier, voir l’introduction à l’édition critique du Bonnet de nuit.

46 B. de Fontenelle, Histoire du renouvellement de l’Académie royale des sciences en 1699, et les éloges historiques de tous les académiciens morts depuis ce renouvellement, Paris, Brunet, 1719-1722, 3 vol. ; Suite des éloges des académiciens de l’Académie royale des sciences, morts depuis l’an 1722, Paris, Vve Osmont, 1733 (cité dans l’édition de La Haye, van der Kloot, 1740, 2 vol. [1699-1730] et dans celle des Œuvres, Paris, 1742, VI [1731-1740]). J.-J. Dortous de Mairan, Éloges des académiciens de l’Académie royale des sciences, morts dans les années 1741, 1742 et 1743, Paris, Durand, 1747. J.-P. Grandjean de Fouchy, Éloges des académiciens de l’Académie royale des sciences, morts depuis l’an 1744, Paris, Vve Brunet, 1761. J.-A.-N. de Caritat, marquis de Condorcet, Éloges des académiciens (...) morts depuis 1666 jusqu’en 1790, Braunschweig, F. Vieweg ; Paris, Fuchs, 1799, 5 vol. [cité dans l’édition des Œuvres complètes, Braunschweig et Paris, 1804]. Sur la structure des éloges, C. B. Paul, Science and Immortality. The Éloges of the Paris Academy of Sciences (1699-1791), Berkeley-Los Angeles, University of California Press, 1980. Sur le motif de la mort dans les éloges de Condorcet, T. Reeve, « Death in Condorcet’s Éloges des académiciens de l’Académie royale des sciences », dans Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, n° 12, 2006, pp. 377-397. Cf. aussi D. Roche, « Talents, raison et sacrifice : l’image du médecin des Lumières d’après les Éloges de la Société royale de médecine (1776-1789) », dans Annales ESC, 1977, n° 32-5, pp. 866-886.

47 Condorcet, Éloges, ouvr. cité, I, p. 416 (Haller).

48 « Quelques-uns ont attribué sa mort aux excès qu’il avait faits dans les mathématiques (...) Cependant il n’a jamais paru que l’étude ait alteré sa santé, il avait l’air de la meilleure et de la plus ferme constitution qu’on puisse désirer » (Fontenelle, Éloges, ouvr. cité, 1740, I, pp. 62-63).

49 Ibid., I, p. 27.

50 Ibid., II, p. 448.

51 Condorcet, Éloges, ouvr. cité, II, p. 104.

52 Fontenelle, Éloges, ouvr. cité, 1742, VI, p. 551 (Louville) ; ibid., 1740, I, p. 349 (Lemery).

53 Ibid., 1740, II, p. 180.

54 Ibid., I, p. 253 (Guglielmini).

55 Ibid., I, pp. 196-199. On note la similitude du régime de Tschirnhaus et de celui d’Aymar de Rançonnet décrit supra, ainsi que la « temporalisation » de la description qui précise désormais les heures horlogères.

56 Ibid., II, pp. 401-402 (Maraldi).

57 Condorcet, Éloges, ouvr. cité, III, p. 82.

58 Les figures de « savantes veilleuses » sont rares : une des plus célèbres est sans doute Mme Du Châtelet qui, si l’on en croit l’historiette rapportée à plusieurs reprises par Voltaire dans sa correspondance, assise une nuit à son secrétaire, accouche d’une petite fille que l’on pose « sur un livre de géométrie qui s’est trouvé là ».

59 Le sociologue Bernard Lahire désigne sous cette expression le jugement critique que l’individu porte sur la part « illégitime » de ses pratiques et préférences culturelles, passées ou présentes (« Distinctions culturelles et lutte de soi contre soi : « détester la part populaire de soi » », dans Hermès, n° 42, 2005, pp. 137-143).

60 « Ses plaisirs et ses amusemens étaient des travaux moins pénibles [que la médecine], tels que de simples lectures, mais toujours instructives & solides » (Fontenelle, Éloges, ouvr. cité, I, p. 164, éloge de Dodart).

61 Lorry « se défendait contre le sommeil par des lectures agréables ; il se livrait ensuite à de plus sérieuses : il s’abusait ainsi en croyant avoir trompé la nature, et il se flattait d’avoir doublé son existence, lorsqu’il n’avait fait que se hâter de vivre » (Vicq d’Azyr, Éloges lus dans les séances publiques de la Société royale de médecine, Paris, P.-D. Pierres, 1776-1789, 5e cahier, 1786, pp. 19-20).

62 « Nous ne dissimulerons point qu’on accusait M. Lieutaud d’exagérer un peu cette méthode si bonne en elle-même [travailler sur la nature plutôt que dans les livres] ; on prétendait que, voyant sa bibliothèque surchargée de livres d’anatomie et de médecine (...), il les avait échangés contre des livres de littérature, que vraisemblablement il ne croyait pas moins inutiles, mais qu’il trouvait plus amusants » (Condorcet, Éloges, ouvr. cité, II, p. 68)

63 Fontenelle, Éloges..., 1742, VI, p. 598-599, éloge de Saurin. L’expression de « dissonance culturelle » est empruntée à B. Lahire, La Culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La Découverte, 2004.

64 Sur la source et l’auteur (1729-1808), R. Pasta, « Profilo di un lettore », dans Editoria e cultura nel Settecento, Firenze, Olschki, 1997, pp. 193-224 ; S. Capecchi, Scrittura e coscienza autobiografica nel diario di Giuseppe Pelli, Roma, Ed. di storia e letteratura, 2006 ; E. Chapron, « Les humeurs du lecteur. Manières de lire et hypocondrie savante à Florence au XVIIIe siècle », dans G. Buti et A. Carol (dir.), Comportements, croyances et mémoires. Europe méridionale XVe-XXe siècle, Aix-en-Provence, PUP, 2007, pp. 71-82. Les Efemeridi sont conservés à la Biblioteca Nazionale Centrale de Florence (Nuovi Acquisti, 1050 I [1759-1773, 30 vol.] et II [1773-1808, 50 vol.]) ont fait l’objet d’une édition électronique (http://ferrovia.bncf.firenze.sbn.it/pelli/it/progetto.html).

65 La mention de l’heure du coucher se trouve en 1759 (I, I, p. 81) et encore en 1786 (II, XV, p. 2977).

66 Ibid., I, I, p. 80, 1759 et II, VI, p. 1053, 9 novembre 1778 citant Francesco Redi, Opere, Venezia, 1760, t. IV, p. 202.

67 L’Histoire de l’académie est citée dans Efemeridi II, VI, p. 935, 1778. La référence à la condamnation par Tissot du travail de nuit se trouve dans une note marginale, ibid., I, I, p. 80.

68 Ibid. I, XVII, p. 194 (levandomi dagli occhi il sonno).

69 Ibid. I, XXI, pp. 179-181.