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Tiia Eikholm, Rene Haljasmäe, Tulvi-Hanneli Turo, Bibliotheca Revaliensis ad D. Olai. Tallinn Oleviste Raamatukogu. (Revaler Bibliothek zu St. Olai). Näitus ja kataloog (Austellung und Katalog)

Réd. Lea Köiv, Mare Luuk, Tiiu Reimo. Näituse ja kataloogi kujundus (Ausstellungs und Katalogsgestaltung), Artiklid (Aufsätze), réd. Kyra Robert, Mare Luuk, Tiiu Reimo, Endel Valk-Falk, Tallinn, 2002, 192 p

István MONOK

Budapest

En 2002 a été fêté le quatre-cent-cinquantième anniversaire de la fondation de la bibliothèque l’église Saint-Olaus par la ville. L’exposition commémorative et le catalogue qui l’accompagnait ont rendu hommage à Kyra Robert, spécialiste de l’histoire des bibliothèques, en republiant quatre de ses études dans une double version (estonien et traduction allemande). Dans la première étude, Kyra Robert donne un résumé de l’histoire de la bibliothèque en apportant plusieurs précisions (« Über die Geschichte der Olaibibliothek in Reval »). Les études qui suivent précisent certains points de ce tableau d’ensemble. Dans un appel publié en 1524, Luther demande aux magistrats urbains de créer des bibliothèques dont les collections pourraient être utilisées par les habitants – un phénomène que l’on retrouve dans le bassin des Carpathes. Les ordres religieux des villes ont été abolis, mais, dans beaucoup de cas (Brasov, Casovie, Riga, Tallin et Reval), leurs bibliothèques ont été conservées et complétées des premiers ouvrages protestants.

Tallin, ville protestante dès 1523, expulse les Dominicains en 1525 et reprend leur bibliothèque. Le pasteur de Saint-Olaus, Reinholt Grist († 1551), lègue ses livres à son église. Kyra Robert donne précisément une biographie de Grist, et publie son catalogue de bibliothèque (cent trente-sept titres, dont trente-neuf conservés). Ancien étudiant de Rostock (1500), Grist devient prêtre à Saint-Olaus en 1520. Comme plusieurs de ses contemporains, il passe au luthéranisme et sert comme pasteur protestant. Saint-Olaus donnait des vêtements et des livres pour soutenir l’école voisine fondée au XVe siècle. En léguant ses livres à l’église, Grist cherchait à aider ceux qui savaient lire mais n’avaient pas les moyens de s’acheter des livres : il s’agit de manuels scolaires, d’éditions des classiques et des Pères de l’Église, ainsi que de titres des initiateurs de la Réforme. Le modèle est le même que chez les pasteurs luthériens du bassin des Carpathes à la même époque. Les difficultés de la seconde moitié du XVIe et de la première moitié du XVIIe siècle font que la bibliothèque ne reçoit alors que peu d’aide de la communauté (tremblements de terre, guerre de Livonie, épidémies, etc.). Elle s’enrichit pourtant de certains legs après décès, comme le montrent Mare Luuk, Tiiu Reimo et Ebdel Valk-Falk (« Die Besitzzeichen in den Büchern der Olaibibliothek »).

L’importance de Tallin pour la vie culturelle et scientifique de la région s’accroît avec la création du lycée (1631) et avec la mise en œuvre à Tallin de l’Academia Gustaviana prévue initialement par Gustave Adolf à Tartu (1656). Gabriel Elvering, professeur de théologie, devient «bibliothécaire royal», en même temps que pasteur, puis surintendant de Saint-Olaus (1658). Beaucoup pensent que c’est sous son influence que la ville a développé systématiquement cette bibliothèque. De 1658 à 1668, Heinrich Bröcker est nommé bibliothécaire pour entretenir la collection, laquelle s’enrichit alors de la bibliothèque de l’église Saint-Nicolas. Cette dernière existait anciennement (Sankt Nikolauskirche, Niguliste Kiriku), et son histoire est présentée dans le catalogue par Endel Valk-Falk (« Die „überbliebenden” Bücher der Nikolaikirche »). La bibliothèque apparaît dès le XIIIe siècle, mais le premier document la concernant date de 1465. Jusqu’à la Réforme, cette église était la plus importante de Tallin, puis son rôle est repris par Saint-Olaus. Il est possible que cette relative perte d’influence explique que la bibliothèque ait survécu à la crise iconoclaste du 14 septembre 1524. Elle s’enrichit à la suite de la mort en 1558 du troisième pasteur, Johann Hobbing. On sait que, dès la fin du XVe siècle, elle avait un administrateur délégué, mais leurs noms et leurs fonctions ne sont connus qu’à partir de 1553 (Denkelbuch de 1603). Le premier est Michell Pingenn, qui gère la collection jusqu’en 1582. Certains relieurs, membres de la communauté, sont aussi choisis comme administrateurs : Adam Weiss de 1586 à 1592 (ses successeurs sont relieurs à Tallin), puis Christoffer Elbling jusqu’en 1603 et Jurgen Puserr jusqu’en 1627. Cinquante-cinq volumes de cette bibliothèque sont aujourd’hui conservés.

Le premier bibliothécaire « à temps plein » de Saint-Olaus a eu à fondre ensemble les deux bibliothèques de la ville et à en établir le catalogue (1658- 1664) que nous conservons aujourd’hui. C’est lui qui, en 1660, fait faire des ex-libris qu’il colle ensuite dans les livres. A la même époque, la bibliothèque s’est enrichie de deux autres collections, étudiées par Kyra Robert. Les huit cent trente-six livres de Nicolaus Specht sont entrés en janvier 1660 (« Nicolaus Specht und sein Büchernachlass »). Specht, décédé de la peste en 1657, avait fait de longues études de philosophie et de théologie : inscrit à Königsberg en 1627, puis à Rostock en 1629, il fait sa maîtrise en 1632-1633 à Wittenberg. On le retrouve à nouveau dans le matricule de 1633 à Königsberg, et il termine ses études à Tartu (1635) et à Rostock (1636). Comme la ville l’avait aidé pour ses études, il est un temps en charge de l’enseignement des mathématiques et de l’histoire au lycée de Tallin (1633-1634), puis devient précepteur et pasteur de la famille des comtes von Thurn und Pernau. A partir de 1640 et jusqu’à sa mort, il est pasteur de Saint-Olaus et de Saint-Nicolas. Sa bibliothèque était moderne, caractéristique de son intérêt pour l’histoire, la géographie et la théologie : le tiers des titres porte sur la littérature classique, un autre tiers est constitué de publications universitaires parues entre 1626 et 1636, et le reste comprend surtout des titres récents publiés dans les régions d’Allemagne du Nord et de la Baltique (Riga, Tartu et Tallin). Trois cent soixante-dix titres (sur huit cent trente-six) sont conservés aujourd’hui par la bibliothèque de l’Académie des sciences d’Estonie.

L’autre donation, reçue à l’automne 1660, est plus petite, mais vient de la veuve du poète allemand Paul Fleming (1609-1640) (« Der Büchernachlass Paul Flemings »). Fleming a fait deux longs séjours à Tallin (1625-1636 et 1639). Membre de la délégation qui aurait dû accompagner le duc von Holstein-Gottorp à Moscou et en Perse (1635), il attend à Tallin une décision sur ce voyage et y fonde une société poétique (la Schäferpoesiegesellschafft) pour diffuser les théories de Martin Opitz. Auteur de poèmes de circonstance, il tombe amoureux d’Elsabe Niehausen. En 1639, il revient à Tallin, mais Elsabe s’était mariée entre-temps, et il épouse sa sœur cadette, Anna. On lui promet le poste de médecin de la ville, mais, malgré des études médicales engagées à Leipzig, il n’a pas le diplôme et doit venir à Leyde pour passer le doctorat. Il meurt sur la route du retour, à Hambourg, en 1640. Vingt ans plus tard, sa veuve offre certains livres du poète à la bibliothèque de Saint-Olaus.

Jusqu’à l’occupation de la ville par les Russes (1710), nous connaissons tous les successeurs du bibliothécaire Heinrich Bröcker, tous de formation juridique. Entre 1668 et 1684, Jacob Felssberg établit un nouveau catalogue. Le poste, vacant pendant quatre ans, passe ensuite à Johann Bernhardi (1688-1698), puis à Michael Caeser jusqu’en 1710. Sous l’occupation russe, les livres restent à l’abandon, et la bibliothèque perd son importance scientifique et culturelle bien qu’on y ait incorporé des livres hérités de pasteurs et même des collections privées entières. La ville fonde une bibliothèque municipale en 1714 (Ratsbibliothek, Raeraamatukogu), tandis que le lycée commence à enrichir et à mettre à jour sa collection (1717). La bibliothèque de Saint-Olaus a miraculeusement survécu à un incendie causé par la foudre en 1820. On commence de nouveau à y prêter quelque attention au XIXe siècle : en 1831, les livres sont incoporés au fonds de la Bibliothèque nationale d’Estonie, fondée en 182518. De la seconde moitié du XIXe siècle à 1940, celle-ci est administrée par la Société littéraire d’Estonie, fondée en 184219. Après la Seconde Guerre mondiale, la bibliothèque entre dans la collection du Musée historique national de la RSS d’Estonie, puis, en 1950, à la Bibliothèque centrale de l’Académie des sciences de la RSS d’Estonie (aujourd’hui Académie des sciences d’Estonie). L’établissement de la bibliographie nationale rétrospective est à la charge de la Bibliothèque de l’Académie, où la bibliothèque de Saint-Olaus est partie de la collection des Baltika.

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18 Eestimaa Üldise Avaliku Raamatukogu (Estländische allgemeine öffentliche Bibliothek).

19 Eestimaa Kirjanduse Ühingu (Estländische literarische Gesellschaft).